1945,
Réalisateur Henri Qualet,
Musique B.Coquatrix, Photographie C.Renoir,
Plateau H.Guisol, M.Goya, J.Tissier
Vu au petit matin du 26 Septembre 2020,
Le cinéma ça peut, non, pardon, ça s’écrit comme un rêve, ça fonctionne comme une lettre avec une écriture plus ou moins automatique d’un prétentieux non-duppe qui espère s’adresser à des comme-lui sauf que malgré ses combines il ne pourra jamais mieux espérer que de se bien louper. Ainsi on croit acheter à l’ouvreuse un ticket pour un moment de détente et un strapontin dans une salle obscure, on ressort avec sa spéculation comblée et une prime en prime. Bref, la tuile (!)
C’est un peu comme une lettre, affranchit elle arrive à bon port, de là elle continue son aventure, ouverte d’emblée, dépliée, déchiffrée, ou bien posée sur un angle de commode, dans un vide poche, en attendant un retour de ce lapsus amnésique, une marche-arrière un peu rapide la voilà enfin sous bonne garde en de bonnes mains.
Nous sommes en 1945, dans le grand événement du 20ème siècle, 60 million d’hommes y perdent la vie. Ce doit être à la fin, à la toute fin, juste après, on quitte Marseille, on embarque sur un paquebot pour une croisière en Orient, vers de nouveaux horizons, vers des possibles, à minima et pour tout son petit monde une relance de la vie.
Alors, faisons court, essayons, faisons notre ce nouveau procédé de mots-clés qui relève de l’association d’idées et de l’écriture automatique,
pulsion de conservation, pulsion de vie, privation, auto-punition, déni, sublimation, compensation, sur-compensation, retour du, retour des refoulés, jouissance, déplaisir, culpabilité, coup du sort, mauvais sort, hareng-saure, névrose de destin …
Notre héros essoufflé qui veut jouer à Boudu est extirpé de ses funestes intentions et projeté dans un grand bain de hasard, pour ça, pour renaître, un autre horoscope lui est offert avec une autre identité, un autre nom, un autre statut, d’autres documents de voyage, on le joue, il n’en sait rien, le devine, et se retrouve de nouveau lesté de sa mal-chance -celle du veinard qui gagne la martingale même quand et surtout donc quand il joue contre lui-même, une partie de carte avec des crapules, il gagne malgré les cartes en plus, en double, dans la manche sous le tapis et cerise sur le gâteau par ce qu’il a la main -une quinte flush royale (!), avant de s’embarquer il se trouve alpaguer dans un tripot pseudo club de jeu, le bateau lance son dernier appel il file précipitament abandonnant sur le tapis de la roulette ses derniers jetons placés sur le numéro choisis tout exprès par ce qu’il n’est pas sortis depuis six années, … Tiens donc, six années, 1945, moinsse le 6 nous voilà de retour en 1939, c’était alors l’illusion du maintien de la paix, du bonheur, du banal des quotidens, suivis donc de ce chiffre marqué de l’horreur du malheur, le vrai, muselé, barré, interdit, 6 ailleurs aussi ça parle mais Nuit & brouillard est encore loin et je ne pense pas que la comptabilité du livre de la vie, aujourd’hui que j’écris cette note veille de Kippour 5781, avait soldé ses colonnes actifs/passifs pour y faire apparaître celui de 6 millions de Juifs assassinés parce que Juif.
Durant tout le temps que dure ce récit imagé il craint être démasqué receleur de sommes colossales dérobées qu’il transporte à son insu, il essaie par tout les moyens s’en débarrasser sans que rien ne marche, la dévaine ne veut pas le lâcher, elle s’acharne contre lui …
Dans un court-métrage de quelques années plus tôt, 1931 -La fine combine, Fernandel et deux autres têtes d’affiche de l’époque assurent en 30mn la promo décomplexée des courses hippiques, de la facilité avec laquelle on peut s’amuser à spéculer et encaisser le gros-lot pour jouir toutes classes sociales confondues des plaisirs de la vie, maîtresse, société, le truc porte même un nom –Paroli,
– « Supposons que vous ayez 3 gagnants à Longchamps, vous mettez une tune sur le premier, il gagne, vous placez le tout sur le second, il gagne, et vous placez le tout sur le troisième, il gagne ».
Un dernier truc, avec la 3e classe, un vieux barbu moustachu et chapeauté, il est malade manque de mourir quand notre héros jette sur lui son dévolu espérant faire d’une pierre deux coups et les tirer tous les deux de leur mauvaise passe, il l’installe dans sa cabine royale, le soigne le nourrit, lorsqu’ils s’échangent quelques bons mots et le vieux lui confie qu’en retour de service sans amis sans familles il en fait son légataire ce que notre bien mal fortuné refuse tout en continuant hors limite à accéder à sa seule demande, manger, manger, manger, jusqu’à ce qu’il en crève et offre son épilogue, avec une redingotte dans laquelle il a cousu une fortune de pièces d’or.
Les camps libérés ils ont été nombreux à engloutir leur gamelle à s’en rendre malade à en mourir. D’ailleurs, ce vieux qui espère, qui couche sur une paillasse parmi les indigents cantonnés aux cales du navire, qui n’ont pas accès au bon-air des ponts, bien sûr qu’on pense à ces images de juifs errants, fuyants, survivants, allant de l’avant vers une promesse de terre meilleure, au siècle passée fuyant les terres de l’Europe de l’est, avant-guerre fuyant l’annonce de la menace, …
C’est par association d’images addition de signes qu’on le devine de ce monde de ces gens, sa physionomie, sa barbe de religieux qui n’est plus en mode depuis longtemps, sans plus aucune famille, seul, la planque de ses sous dans la doublure de son vêtement, …
Groddeck, Lacan le disent, le répètent, l’artiste écrit fabrique produit avec, à partir de son inconscient, à son insu surtout,
Là où les surréalistes étaient des ennemis farouches de la psychanalyse, comme on peut être allergique à un rappel de vaccination contre une bactérie qui nous habite pleinement et dont on a développé à vie les anticorps, là où Obélix est interdit de potion magique par ce qu’il est tombé dedans petit et qu’il en a absorbé à vie toutes les vertues, les artistes en savent tout autant voir bien plus sur ces outres mondes de l’inconscient, …
Croisé tout récemment cette phrase d’un grand inconnu, George Simmel, contemporain de la découverte freudienne et de ses premiers pas en terre françoise sous la houlette de Marie Bonaparte,
– « Le scientifique voit quelque chose par ce qu’il le sait, l’artiste sait quelque chose par ce qu’il le voit. »
Nous sommes en 1945, se quitter se séparer, s’éloigner, fuir, renier, dénier, oublier, refouler, et s’étourdir, rattraper, s’illusionner, s’ennivrer, s’enfiévrer
le cinéma offre cette mise en acte du fantasme sans qu’il en coute plus qu’un sou, sans risquer qu’il produise mort d’homme, pourtant il en faut un, pour sceller la farce, ce sera notre vieux témoin d’une époque engloutie, et pour doubler la mise l’ancien malchanceux converti en veinard héritera de la doublure et des gains de sa dernière table qui le ratrrapent après qu’ils les aient fui comme un voleur …
«
Il faut être toujours ivre. Tout est là : c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.
Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous.
Et si quelquefois, sur les marches d’un palais, sur l’herbe verte d’un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l’ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l’étoile, à l’oiseau, à l’horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est ; et le vent, la vague, l’étoile, l’oiseau, l’horloge, vous répondront : « Il est l’heure de s’enivrer ! Pour n’être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous ; enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise.
»
(Charles Baudelaire, Enivrez-vous, Le Spleen de Paris, XXXIII)
Freud et lhistotie du voleur à la main coincée dans une.bouche d’église
La.francaise des.jeux qui a mis en place une cellule de gedtion post traumatique pour les gagnants des gros lot qui ne sacent pas comment faire face à une telle dechaege d.excitation qu’ils convetissent sur un mode de defense en mur d angoisse