La parole, ça marche comment …

SCBLetz

« Il court, il court le furet, le furet du bois, mesdames, Il est passé par ici, il repassera par là … »

A la question insistante des tout-petits quant à l’origine du monde joliment illustrée par Simone rapportant le témoignage pioché chez Jung d’une petite fille prénommée Anna, se substitue celle qui la fonde –parler, ça marche comment, c’est quoi ça, parler … 

Mon premier Nathalie Sarraute -je crains n’avoir pas tout pigé à la dame qui carburait Vodka au goulot une bouteille par nuit dixit son illustre défunte fille, présente dans Usage de la parole, un texte d’entrée, un texte de sortie, les deux se renvoient la pelote, le premier avec le mot du réel prononcé par Tchekhov -« ich sterbe », avant de tomber raide, dont rien ne se sait pour de vrai, personne n’y a disparu corps et biens pour en revenir et ré-enfiler leurs pantoufles, comme l’illustre avec humour l’Hibernatus de Louis de Funès tombé dans les glaces lors d’une expédition polaire à la Charcot-fils, décongelé cent ans plus tard il reprend le filage de ses aventures pour filer l’amour à l’anglaise avec la bonne. Le second qui ferme la marche parle le furet de la langue qui passe de bouche en bouche, n’en sait rien de ce qu’elle dit, dupe d’autant plus son récepteur que son émetteur n’a pas idée de-quoi-de-qui-d’où ça parle, sauf à rencontrer d’un côté ou de l’autre du barbelé un tortionnaire qui de l’équivoque d’une pensée toujours en mouvement ne veut rien en savoir, lui impose motus et bouche cousue assignation à résidence et en prime poinçonnage et étiquetage. Faisant liaison un troisième articule un commentaire entendu chez PLAssoun qui fleure bon la formule magique de la réclame,
« L’amour, c’est comme boire ou conduire, il faut choisir –ou bien on en parle, ou on l’fait ».

Résumons,

  • Le mot est un angle mort du réel, on aimerait lui faire rendre gorge, délire de l’homme augmenté façonné par le polygraphe, la psychométrie, la reconnaissance faciale, entre autres acolytes monstrueux,
  • Le mot n’est pas la chose -merci à Magritte et à sa pipe,
  • L’hébreu דבר qui condense chose et parole a bien compris que le mot est la pierre amorphe qui roule dans le flot de la parole, qu’il fait le limon des rivières de nos récits et de nos existences, 
  • La parole est un actif circulant, un organisme vivant, tant qu’elle circule; elle ne souffre pas la fixation, la thésaurisation, au risque d’un mauvais calcul de gripper, enkyster, constiper, c’est comme ça que la névrose nécrose,
  • En porte-à-faux avec le dicton populaire qui emmaillotait les éducations d’autrefois, le silence est d’argent, voire de plomb, et la parole est d’or,
  • Un corps, c’est une encyclopédie avec laquelle chacun bavarde et langage les parties et les combinaisons des chiffres et des lettres reçus en héritage.

Pour conclusion, le père de Godot nous offre avec un autre couple burlesque Mercier et Camier le mot du Top Départ ! de la parole, ils se défont de leur vieil imperméable, un moi-peau tout imprimé de leurs traces, renfermant au secret de ses poches « des billets poinçonnés, des bouts de marge de journal, le classique dernier dixième d’un crayon épointé, quelques feuilles crasseuses de papier cul, .. » et signent leur entrée dans le voyage avec une devise,
« Lenteur et circonspection, embardées, retour selon les dards de l’intuition, n’ayons pas peur de nous arrêter, nous avons la vie devant nous, enfin, tout son solde ».

Inspirations, … 
S.DeBeauvoir, L.DeFunès, N.Sarraute, S.Beckett, J-M.Lacan, H.Bazin, P-L.Assoun, C.Lelouch, J-P.Winter, G.Devereux, D.Anzieu, …