

Illustration à trois tiroirs …
Un des trois, un détroit,
Elle s’est réveillée en pleine nuit dans sa chambre de résidence universitaire, des douleurs qui la connaissent bien qu’elle reconnaît l’ont surprise. Seule loin de sa famille, elle appelle les services d’urgence, elle est prise en charge, maternellement, quelqu’un répond, de ses symptômes, de sa douleur, de son inquiétude. Elle sera hospitalisée, alitée, retournera dormir jusqu’au réveil du petit matin où elle rentrera chez elle pour une excursion en bonne compagnie de quelques jours, le corps continuera de parler, tout du long, sans réelle interruption elle poursuivra ce dialogue, elle le poursuivra de ses plaintes.
La fois d’avant, des premières douleurs avaient commencé de l’indisposer de jour de nuit des semaines avant une vacance en bonne compagnie organisée avec une grande excitation.
La fois précédente …
On pourrait égrener l’identique de l’événement comme la répétition d’une séquence.
Ce matin ses parents parlent, témoignent de ce dialogue intérieur qui se joue autant qu’il joue leur fille à guichet fermé assuré par l’effet d’annonce seule du succès de la représentation. Ils aimeraient lui faire entendre raison, la raison, production d’un raisonnement imprégné d’intelligence entremêlé de celle du cœur enrichie de leurs pratiques professionnelles de l’écoute et de la parole. Un coup lui un coup elle, ils lui ont parlé, à leur enfant une toute jeune femme qui fait ses premiers pas dans le monde, celui dans lequel elle est appelée à se grandir de plus en plus affranchie de ses parents, l’invitant à faire le chemin à rebours, et à relier les points, à relever les petits cailloux qu’elle a laissés derrière elle, pour les contempler, les laisser la regarder comme la musique peut écouter son auditeur ainsi que nous le racontait ADWeill durant l’une de ses dernières interventions publiques, dans un regard scrutateur à double sens, espérant pour elle, parvenir à une lecture qui lui permette d’en démonter le double tour et ouvrir comme par magie la serrure de ses fermetures.
Quelle noble intention que l’empathie d’un parent pour son amour plus grand que lui-même plus grand que la vie!
Que peut-on souhaiter comme un mieux pour celui ou celle qui fréquente un chemin de la douleur avec lequel il entretient un rapport de grande intimité, une amitié indéfectible, avec qui il renouvelle un contrat d’assurance qui toujours le reconnaîtra dans sa qualité d’enfant et en récompense de sa fidélité pour services rendus proposera reconnaissance et dédommagement? … Qu’ils prennent congé, se choisissent une autre victime un autre tortionnaire, fassent preuve d’un plus de créativité, d’originalité avec chaque sollicitation chaque annonce chaque apparition … Bien évidemment.
Mais toute cette intelligence servirait-elle une bonne cause? … Celle de la disparition d’un symptôme celle de la résolution de chose? …
Un autre des trois, un autre détroit,
Il était une fois un vieil homme qui avait un fils bientôt grand bientôt adulte, son premier enfant de son statut familial de père-chef de tribu, de son statut social de père-chef de meute industrielle qui avait converti la puissance meurtrière de l’espèce humaine reçue en héritage d’un père grand-blessé de guerre, en furie conquérante des affaires et en antimilitarisme encore plus féroce. Le second ne parlait que de ses rêves d’engagement combattant, tous ses hobbies cultivaient cette passion fiévreuse.
L’ancien s’était avisé de consulter un tout jeune apprenti-sorcier, lui exposa son cas, leur cas, et lui demanda de réfléchir à des stratégies d’endiguement.
Des vies passèrent, le fils devint un mari, devint un père, une fois, deux fois de deux garçons, puis après un temps de repos tout dédié à l’élevage des fils de la terre, une troisième et dernière fois, la mère récompensée pour sa dévotion à ses hommes reçut enfin une-comme-elle. La vie continuait son œuvre de tisserand.
Un jour l’apprenti-sorcier reçut par la bande des nouvelles de la descendance et de la descendance de la descendance de son ancienne rencontre. Si au tour d’avant le miracle d’une magie avait opéré -le fils n’était pas parti à la guerre, il avait donné d’autres formes à sa passion ravageuse courant les meetings aériens, les restitutions scénarisées des grands meurtriers et de leurs grandes œuvres de crime, de destruction et de châtiment, surtout il s’était commis avec la petite histoire des hommes de son espèce et avait reproduit, merveilleusement, par-delà tout ses plus fous espoirs bien cachés, bien enfouis dans le coffre de ses désirs. Le fils cadet du fils, dégagé du service de la dette de l’aîné, doué d’un intellect supérieur promis à la brillance d’un parcours d’étude et de vie, avait dans un entre-deux d’étapes surmonté toutes les épreuves d’un recrutement hors-norme, une lettre était arrivée au courrier chez ses parents, décachetée, dépliée, l’annonce administrée était courte, il venait d’être invité à rejoindre le corps d’élite, d’une marine, de guerre.
Quatre générations, un trauma, une résilience comme le parle le psychiatre BCyrulnik quant à la manière dont la psychanalyse parle de sublimation, dans cette trame qui pourrait se lire comme une équation, il y avait aussi un inconnu, un signifiant du signifiant négligé et qui reste ici au secret, dans lequel se planquait en embuscade une méconnaissance, c’était lui qui venait de faire retour, c’était elle qui venait de frapper …
Dernier des trois, dernier détroit,
Un petit d’homme déjà doté de la position verticale et de la marche dans ces quatre directions cardinales à qui l’on célébrait un tout neuf encore anniversaire, reçu pour cadeau un vélo à deux roues. Par une des recettes arithmétiques abracadabrantes élaborées par le monde des grands cet un-en-plus allait se traduire pour lui par deux-en moins : les deux petites roues arrière de l’étape d’avant ne figuraient plus à l’inventaire du bolide dont on lui serinait qu’il n’en serait que plus puissant encore.
Ballade en campagne, petite route bordée de talus à l’herbe touffue, aucun platane en vue, encouragement bruyant et agités de ses aimants au premier rang desquels ses parents si fiers l’un devant l’autre à l’arrière, essai, c’est parti et … chute.
Il faudrait laisser l’enfant qui un jour prochain indibutablement deviendra grand faire l’expérience initiatique de la chute de la pomme de Newton pour qu’il puisse développer non pas une mais son idée de ce qu’est un centre de gravité –le sien, non pas une mais son interprétation de l’équilibrisme –le sien, pour qu’il puisse pratiquer avec l’assurance de l’autodidacte l’essentialisme de la vie, l’art du funambulisme.
Un jour il devra se dépatouiller seul sur les routes escarpées de la vie.
La déprise de l’emprise, c’est ça, donner sa chance au produit, desserrer l’étau de l’enchâssement de deux corps deux objets deux passions fondues l’une en l’autre, qui visse autant l’autre qu’il nous visse.
Ne pas prévenir, ne pas devancer, ne pas faire le singe-savant, le maître d’école de la vie, se refuser l’empiètement si facile sur les plates-bandes de la chair de sa chair … ne pas manger dans son assiette, ne pas mordre sa pomme d’amour, ne pas mettre dans sa bouche des mots dont il n’a encore découvert ni la joliesse ni le bon goût de l’alphabet des pâtes de sa soupe …
Ne pas, ne pas, ne pas …
Entre autres bonnes paroles léguées par le pédiatre Winnicott, La mère suffisamment bonne actualise le constat de Sigi quant à l’impossible pratique du métier de parent -Jésus, Marie, Joseph, Dieu merci ! s’écrient les tchèques, l’impossible, seule porte de salut pour l’enfant.
Revisitant le savoir populaire de l’impossible transmission d’une quelconque expérience -« L’expérience est un peigne pour les chauves », à mi-chemin de son séminaire XXI non publié à ce jour, Les non-dupes errent, JLacan y va de son sens de la formule:
« Il n’y a pas d’initiation (..) il n’y a que le voile du sens (..) qui soutient la métaphore ».
Inspirations, …
R.Anconina, A-D.Weil, Fernandel, D.Winnicott, Ma’me Michu alias Saprichti-all-mighty dit aussi ma mère, G.Cababié, J-M.Lacan, …