

Au Cabinet des Curiosités de Sigismund Schlomo Freud, nous commencerons par Le maître étalon du lieu,
Le Divan,
Il est là dans la pièce pièce maîtresse du décorum allié indéfectible de l’autre assise à sa tête le fauteuil,
A une époque qui précède la découverte de l’inconscient, le Second Empire invente le capitalisme, la révolution industrielle, et un fauteuil à double assise. En forme de S ou de 8 il permet à deux personnes d’y prendre place dans un vis-à-vis qui est aussi un côte-à-côte favorisant par cette double configuration toutes les trajectoires possibles de la pelote de la parole, la ligne droite comme l’oblique, l’explicite comme l’allusif, le regard de l’écoute aussi bien que l’écoute du regard.
Selon les registres des champs, celui du commerce ou de l’amour, il porte le nom de Confident, Tête-à-Tête, ou Love-seat, Indiscret aussi, quand il est augmenté d’un tiers,
C’est dans cette disposition et dans cette humeur que se déroulent les entretiens préliminaires. Le passage de l’équerre au plan incliné jusqu’à l’horizontal peut durer un certain temps, toujours la même rengaine avec la psychanalyse « à l’ancienne », celui de celui qui vient, c’est lui qui vient y voir, s’y frotter et s’y piquer, c’est lui qui va se colleter avec le plus grand ou le plus inconscient des courages au déficelage des bandelettes de sa momie,
Une amie en analyse me racontait ses séances dans leur après-coup. Un jour elle me confia avec la plus rapide des légèretés ce qu’elle rapporta comme un point de détail; or comme chacun sait depuis que Flaubert plus tard l’allemand Warburg -tous deux dépassés depuis par Meryl Streep, l’ont versé au patrimoine des dictons de l’humanité, La diablesse Prada est dans le détail. Ainsi lorsqu’après s’être assise sur la couche du divan elle basculait son buste pour s’y allonger de tout son corps, elle était attentive à toujours garder un pied arrimé au sol. L’image serait celle d’un bateau retenu à son ponton d’accostage de ses cordages capelés par la proue ou la poupe, quelle que soit leur longueur et qui par le tangage de l’embarcation pourrait lui donner la sensation qu’elle vogue, faire illusion …
Je ne pouvais pas manquer de relever cet infinitésimale grain de sable et au moment opportun de lui rendre ce qui lui revenait, un grain de sel,
Peu de temps après, je recevais une carte postale, elle m’apprenait qu’elle s’était allongée comme à son habitude, une jambe, un pied, puis la seconde et le second les avaient rejoints, elle venait de larguer les amarres, elle avait levé l’ancre et prit le large. Son émotion tant appréhendée fut intense. Son analyse pouvait commencer, cela faisait déjà plus d’un an qu’elle était montée à bord.
La Montre,
Une rencontre étonnante jamais vécue alors ni depuis, un homme sherpa pendant plus de vingt ans d’un président d’état, on appelle ces gens des éminences grises sur le modèle du cardinal Mazarin, gouverneur ou gouvernail de Prince, m’accorde une entrevue,
Nous nous asseyons, sa main se tend vers un objet jusque-là hors champ, un sablier, il le saisit, le retourne et m’annonce en préambule la fin de ce qui démarre, nous avons quarante-cinq minutes, le grain de sable comme unité du cadran solaire. Si l’inconscient ne connaît ni spatialité ni chronologie du temps qui ferait qu’une petite patiente de plus de soixante ans continuerait d’agiter une plainte de gamine spoliée par sa soeur du plus gros morceau de pain au lait offert par leur duègne de mère à la sortie d’école, l’analyse quand elle engage la cure est réglée par des rythmes métronomiques -durée, fréquence, vacance, férié (…)
La séance peut se trouver interrompue en pleine course, pour marquer un arrêt sur image, quand par exemple émerge des grands fonds l’articulation d’un dire, lui laisser l’espace de se déployer, de faire entendre la polyphonie de ses sons et de ses échos, laisser au surpris le temps d’accueillir sa surprise, instant magique du dialogue intérieur qui se rétablit entre un homme et les hôtes de ses bois, détricotage, émergence, tel est l’après-coup de la révélation.
« A la fin de l’envoi, je touche » dit Cyrano (…)
Certains analystes se sont amusés à imiter la voie de leur grand maître d’un temps jadis heureusement révolu et comme on piaffe un canasson, pouvaient acter la scansion de l’inconscient sur son pas de tir même, le compte à rebours tout juste lancé abandonnant leur spationaute dans un état de désarroi prononcé. (…) Puits, galerie, filon, Il peut arriver que des opérations de forage ne souffrent pas d’être interrompues, nos courageux d’un commun accord peuvent alors s’entendre pour rapidement les reprendre, l’heure d’après, le jour même, le lendemain (…)
La séance est un rendez-vous avec soi-même, avec son autre, ses autres, comme on dira plus tard, on peut mettre du temps à le comprendre, s’y essayer, feinter, vérifier, s’en amuser et se jouer des tours, on peut aussi jouer à Colin-maillard, s’étourdir et l’oublier. L’acte manqué est dit-on dans sa formulation quelque peu ésotérique, un acte réussi.
Fichtre donc, saperlotte ! Comment se fait-ce ? Par le truchement du désir qui cherche de manière inédite à se frayer un passage dans l’exploration turbulente de ses ambivalences, dans l’audace de son énonciation, dans l’inouï de sa prononciation. L’acte manqué est un compromis qui sort de soi, malgré soi, contre soi, par devers soi, mais depuis son départ jusqu’au franchissement de sa ligne d’arrivée, toujours pour soi. L’acte manqué ouvre la voie vers un passage pressenti mais encore non tenté, il est une formation de l’inconscient dans la libération, la reconnaissance, la conquête de sa parole, il signe son passage tout en ruse au travers des mailles et des filets de celui qui reste le geôlier de ces bons messieurs et de ces belles dames qui lui en imposent, codifient et font société.
L’acte manqué comme son petit nom l’indique est un agir, il connaît une version verbeuse qui à la ruse substitue la finesse -le lapsus. Les deux, en solo, ou en cordée peuvent avertir notre ami randonneur de jours meilleurs à venir, ils annoncent la découverte de nouvelles clairières. (…),
Il existe dans la règle d’un jeu de société communément appelé Les Dames un tour de passe-passe où le joueur qui par oubli, négligence, ou intelligence de calcul n’acte pas le déplacement de son pion, le voit soustrait et sortit du plateau -Souffler c’est jouer, ainsi son acte manqué est compté au titre de n’importe quel acte, acté ou non-acté.
Si donc l’oubli de la séance vaudrait comme acte manqué, devant être reconnu comme tel, pas de rebours, pas de débours, le débit est tiré et devrait être franchement porté au crédit de celui qui l’a magistralement subtilement acté.
Le Fauteuil,
Le premier à m’en avoir causé est un ami psychanalyste praticien en institution et en cabinet -un analyste, c’est un fauteuil, un fauteuil bien vissé au sol, par ce que ça gite de tout bord.
Le second est une seconde, me sachant là, le seuil tout juste franchi, elle m’a fait asseoir à sa place, pour m’en faire entendre l’appel du large, le chant des mouettes, le vol des hirondelles, la joyeuse espièglerie des lutins et des farfadets batifolant dans les herbes hautes de ces nouvelles clairières. Prolongeant le geste, elle me proposa l’occuper dans ces espaces qu’elle s’apprêtait à libérer.
Mon troisième est une image de rue prise par une amie sur une pente de la Butte Montmartre, un siège congédié, foutu à la porte pour cause d’usure, pire, de ringardisme, interrogeant la liquidation du mobilier témoin des autodafés précédents et de la répartition du butin entre ses fils putatifs, celui de la Traumdeutung et des derniers mohicans.
Poursuivant la nostalgique parabole du dépiautage énigmatique de la charade Carambar, mon tout tient dans une photographie réalisée par un camarade tchèque, au premier regard, ça avait tilté, elle m’avait tout de suite interpellée, elle murmurait à mon oreille un soupçon de désir, je n’étais pas prêt à l’assumer, je me suis dit qu’un jour, si un jour, alors j’en acquerrais un tirage. Cette photographie présente dans des collections de particulier et de musée n’est plus à vendre. Un jour ce jour elle a pris la route de Prague à Paris, elle a traversé des frontières, fermé des histoires, je venais d’en acquérir le dernier exemplaire. Le format est carré, il montre un fauteuil club couché sur la tranche, déchiré, cabossé, éprouvé du vivant des vivants, tout en nuances de gris et de clairs, mais toujours vaillant, d’autant plus.
Le fauteuil de l’analyste ne s’occupe pas, il se visite. Il n’y a d’analyste que d’analysant, condition première et condition dernière à toute prétention à sa pratique, de ses premiers pas à ses derniers, de sa première fois à sa dernière, de son premier à son dernier patient, pas de maître, ni grand ni petit, pas de sachant, rien que de l’ignorant qui à partir de ce point d’occulte peut se mettre en position d’écoutant de celui qui seul en sait un bout à partir duquel il peut tirer la bobine, …
Inspirations, …
P.Gluck, E.Torres, E.Rostand, J.Attali, N.M-Blum, D.Paulin, J-P.Winter, E.DeLuca, G.Blickman, P.M-DiBosco, M.C-Taïeb, I.Pinkava, …