1946,
Réalisateur Emilio Gomez Muriel,
Plateau Mapita Cortes, Rafael Baledon, Angel Garasa, Delia Magana, Emperatriz Carvajal,
Vu au petit matin du 11 Septembre 2020,
Ce film est une Pé-Pi-Te.
On ne s’en rend pas compte car il serait il est peut être dans les anales de l’histoire du cinéma comptabilisé en série B et comme nanar autre sobriquet pour dire qu’en prenant son ticket pour une séance tardive on s’apprête à souper de la daube.
En fait, il est par là-même extraordinaire, comme souvent dans ce 7ème art encore vagissant un pied dans le registre du muet et l’autre dans la couleur, il est plaisant de la multiplicité de ses registres, de leur cohabitation, de la maille dont il est tissé qui est multifilaire, on a de la sci-fi et pas n’importe laquelle l’avenir de l’espèce humaine après la désastreuse sortie de route de la plus intelligente des sciences, sa nucléarisation, de la sociologie avec la réalisation messianique des théoriciennes du genre et la substitution d’un ordre dominant par celui vengeur vengeresse ici qui s’est construit avec un ressenti d’oppression, les questions du genre de la race sont toutes transposables et présentables sur la table du monteur comme l’est le travail d’écriture de Howard Fast à propos du drame de ceux qu’on appelle aujourd’hui les native american, celui de l’économie esclavagiste romaine et de Spartacus, ou celle des Maccabim quand on pense interroge investigue un système oppressif et le différé assuré de son retour du réprimé depuis plus communément étiqueté Refoulé, … on a même droit à de la chansonnette, une scène bien sûre inversée du balcon de Vérone.
Tout dans ce nouveau monde est inversé, à l’envers, plus tard nous aurons droit à la magistralement hollywodienne version de La planète des singes, plus récemment à sa très fidèle réplique du nanard version Made-in France Je ne suis pas un homme facile.
Les femmes sont aux commandes et aux manettes, elles dominent, elles commandent dans l’espace publique autant que privé, leurs rapports à l’objet sont satisfaits au push-button prêt, au doigt à l’oeil, sans écart sans malentendu possible, le mot est la chose, elle s’y croient comme leurs ancêtres prédécesseurs s’y sont probablement tellement crû qu’ils ont droit à ce royale coup d’escarpin en retour dont le maître étalon phallique est une déesse la première femme dont on oublie tout le temps qu’il y a une avant-première, un brouillon, la déesse Eve, pas d’Adam sortis de ses côtes en vis-à-vis, pas de serpent pas de pomme et encore moins d’arbre s’en lamenterait Lacan, car c’est aussi de ça dont il s’agit du moins comptant avec l’inconscient à l’ouvrage du script-boy en charge des dialogues, qui se donne à voir à entendre! La société aligne les qualificatifs de la plus grande sophistication des Lumières qui accouche immanquablement d’un petit nazillon agitant de jolis drapeaux et chantonnant les guillerets couplets des Sept-nains « Hei-(l)-ho », pas d’enfant ils sont importés (!) pas de sentiments d’affects d’émotions tout est rangé sous l’impérieux contrôle du ministre de la guerre et d’une armée de censeurs, pas de coucherie, pas de baiser, pas de cul, ni même en rêve, tout est déjà affaire de pharmacopée et de petite pilule, on boit du « Cliquot-synthétique de celui qui donne des idées » , lesquelles on se le demande, d’ailleurs, probablement de celles de W.Reich avec son Orgonon construit par le burlesque ennemi du peuple j’ai nommé Sleeper-alias-Woody Allen …
La reine des abeilles doit marier sept hommes d’un coup chacun sélectionné pour un exceptionnel apport tout intellectuel tout cérébral (…)
Quant aux hommes, ils sont aux fourneaux et aux ragots, ils sont barbus à la mode de Napoléon III ou de Raspoutine, totalement asservis, volontairement asservis, des partis de résistance semblent être constitués comme le sont les esquadrons de la mort des mouvements de libération Monty-pythonesque du People front of Judea ou du Judean people front, armés de revendications brillantes de futilité.
Un grain de sable vient dérailler la brillance de cette organisation avec l’arrivée de nos deux égarés de l’espace qui sont imberbes, mexicains et ne souffrent pas de complexe sur-testostéroné, ils sont drôles, légers, détachés, font avec la donne de la nouvelle réalité, néanmoins ne s’en laissent pas raconter, ce sont des hommes bien sous leur sombrero et et dans leurs santiags, assumant leur sort autant que leur part de féminité, des névrosés accomplis, bien portants.
Donc, oui, ça déraille, la reine des abeilles de cette société d’amazones se met à parler et pour ça elle retrouve des mots enfouis très loin dans une mémoire qui lui est rafraîchie par un tiers –Lamour.
Le clivage babélien qui visait la forclusion craque, les digues pètent, …
La fin est hollywoodienne, à la mexicaine, avec la conquête de l’amour un nouvel ordre s’annonce, celui de la « Marité » celui de la parité où homme et femme sont capables de s’empoigner de s’embrasser dans tous les sens qu’on peut faire virevolter la phrase.
Le film est mexicain, des noms français au générique, les femmes sont d’une beauté féminine stupéfiante, elles sont femmes de toute manière habillée de jupette qui montrent de jolies gambettes, …
Quel message cherché vouloir extirpé 80 ans plus tard, dans ce nouveau chapitre qui aujourd’hui ne cesse pas de ne pas s’écrire du livre anthologique du Castor sur la révolution des sexes, du rapport, de « l’objet petit a cause du désir », … à l’aune entre autres de la lame de fond Me-too, de la P.M.A, des questions de la filiation, des arrangements New-age avec la procréation, de l’éjection mélancolique Houellbequienne de l’autre, des nouvelles lois de bioéthique, du clivage et de la consécration des pulsions partielles pour assurer une pérennité au plus-que-jouir comme nouvel ordre …
Voilà avec quoi l’on sort du visionnage d’un film noir et blanc sans prétention sans artifice et qui nous offre le plaisir d’une bien belle farce.
