Proposition d’intervention à un colloque devant se tenir au Portugal, Automne 2018 : « … Le fracas des identités »,

Le corps en danger , Ou, Grand Corps Malade,

Quand ce ne sont pas des cordées de montagne qui tentent l’exploit d’ouvrir de nouvelles voies, franchir de nouveaux Thermopyles, des apprentis randonneurs qui fraieraient de nouveaux chemins de Compostelle, depuis des semaines, des mois, des années l’actualité du quidam est rythmée par des bulletins de météo de la mer qui rapportent le nombre d’embarcations coulées corps et âmes au mieux naufragées entre deux eaux territoriales dont le sauvetage est livré au vote audiovisuel du média, du politique et de la cité d’Etats nations qui au diktat musical de la Tonalité marquent une inclination d’autant plus prononcée pour la Dodécaphonie.

Sauver ou ne-pas sauver, se sauver ou ne-pas se sauver, accueillir ou rejeter, partager ou ne-pas partager, « That is the question »  qui éthique-terait l’homme de la réponse en Juste parmi les justes ou en Salop.

La Vieille Europe et plus particulièrement son hydre germano-français le dispute et voudrait en remontrer aux tenants de la Nouvelle Europe. Rassemblée sous la bannière d’un sigle qui se lit comme la dernière arme de destruction massive de l’appareil militaro-guerrier nazi, le V4 devenu V5, la famille de l’Europe Centrale au complet dénonce à l’unisson un supranationalisme qui vient se fracasser sur les frontières mémorielles encore fraichement repeintes de leur grande histoire multiséculaire de sujet inféodé à de plus grands et présumés plus nobles ensembles.

« Nous mourrons pour la Hongrie et la grande Europe »  ainsi démarre le texte de Milan Kundera Un Occident Kidnappé, avec ce message télexé par le directeur de l’agence de presse de Hongrie à l’invasion russe de 1956.

Là est le hiatus où se nichent les conflits névrotiques des mémoires, des refoulés, des identités. 
Si Strasbourg lui a vendu Schengen, un corps aux frontières élargies, une image du corps embelli et affranchi de nouvelles subtilités imaginaires et réelles, Višegrad a épousé la beauté spirituelle d’Evropa, et rehaussé ses armoiries de marqueurs -Chute du mur et des postes de douane, bourse et monnaie commune, qu’elle a adoptés comme autant de symboles contre le retour des refoulés de ses mémoires.
Ce qui fracasse aujourd’hui et enrage les chœurs des cités de feu la grande Autriche-Hongrie, ce sont deux visions de Babel, l’une messianique fondant toutes les particules élémentaires dans le sentiment océanique défendu par Romain Roland en un temps cataclysmique de la civilisation, l’autre apocalyptique d’un espace commun dégénéré par la dilution des petites différences, leur fusion dans un idéal du moi unaire, hors-sol sans plus aucune altérité, déraciné aux pieds et à la tête, où ne se croiseraient plus que des errants de chair et d’os désincarnés.

Le plateau de la balance oscille avec la fébrilité de débats passionnés par porte-paroles de la pensée qui s’étrillent avec des mots trempés aux réservoirs d’encre des Constitutions qui se voudraient agressivement affranchies jusqu’à la forclusion des maux sombres des Lumières -esclavage, colonialisme, communisme, national-socialisme, auxquels s’ajoute un nouvel objet toujours de nature fantasmatiquement ambivalente, le capitalisme et son caravansérail de colifichets: le marché, la finance, l’argent, le libéralisme.

Si la Crise migratoire sert de bout de lorgnette par lequel on pourrait ambitionner d’attraper la question politique et psychanalytique de l’identité et de ses turpitudes, à cette tectonique des plaques géopolitiques qui met en scène le choc des civilisations poursuivi par l’effroyable fantaisie du grand remplacement alimentée par la non-facétieuse démographie qui voit avec Alain Minc un horizon 2100 où l’Afrique ferait match égal avec l’Asie, les deux représentant plus de 80% de la population mondiale, se juxtapose celle qui agite le champ du sociétal.
Deux mêmes visions babéliennes s’y fracassent; de mêmes maux, de mêmes mots se parallélisent: l’une promotionnant la génération Z errante dans un corps flottant aux contours frontaliers asexués, indéterminés, tout esprit, affranchi de la castration de la lettre, l’abolition des genres et le repatouillage des lois naturéelles de la procréation pour tous; l’autre se fige, d’autant plus dénonçant la tentative de collusionner jouissance et plaisir, défendant corps et âme l’intrication des trois ordres lacaniens du réel, du symbolique et de l’imaginaire.

Dans tous ces champs de la parole, la passion qui irrigue l’émotion sanguine produite par la logique du cœur le dispute à la raison.
Deux camps de partisans se dessinent sous nos yeux, aujourd’hui sur un plateau de jeu désigné par l’appel lancé à l’une de ces tribus porteuse du discours du psychanalyste, et pour participer d’un colloque qui prévoit de se tenir à Lisbonne sur une phrase construite comme une équation qui n’a de simplifiée que l’absence apparente d’inconnu, « Psychanalyse et politique : Le fracas des identités ».

Un mot de la fin pour conclure cette note liminaire, avec le grand visiteur du soir de l’œuvre de son maitre Sigismund Freud, Jacques Lacan, prélevé à un endroit de son Séminaire 19… ou Pire: 

« Liberté, égalité, fraternité, c’est indécent ».

Inspirations, …
M.C-Taïeb, F.Marsaud dit GCM, A.Dubrasquet, M.Kundera, S.Freud, J-P.Winter, S.Huntington, R.Camus, A.Minc, J-C.Milner, J-M.Lacan 

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