Probablement une 1ère lecture de Psychosomatique d’un patient et de son histoire somatique.

Un acte manqué réussi ou un Œdipe mal-emboité.

  1. Présentation

Georg Groddeck, médecin allemand est crédité d’une place d’exception historique, celle de découvreur, de formulateur, de théoricien de la Psychosomatique. En 1913, il pratique son art comme Somaticien, il est alors connu pour des positions tranchées anti- psychanalyse, il est ouvertement et dans ses écrits d’alors anti- freudien. 

À partir de l’année 1916, il commence à proposer aux patients qui passent dans son institut de soins de Baden-Baden une rencontre hebdomadaire, présentée comme faisant partie intégrante de leur traitement thérapeutique, et qui tient lieu de Séminaire, d’une durée variable d’une vingtaine de minutes, augmentée des temps de discussion. Il le tient 4 années durant jusqu’au-delà de la fin de la Grande Guerre, de 1916 donc à 1919, durant lesquelles son passeur en France Roger Lewinter a rassemblé 115 interventions. 

C’est dans ce cadre qu’il va éprouver, élaborer, produire son système de pensée révolutionnaire de la pratique de la médecine augmentée de la Métapsychologie, ce qui va l’amener à formuler sa contribution majeure à la théorie psychanalytique plus particulièrement la 2ème topique freudienne avec la mise en relief du Ça et sa publication concomitante par le 1er et le 2nd en 1923.

Durant les 3 conférences du tout début de sa prise de parole numérotées 22-23-24 nous assistons, pris à témoin d’un matériel vivant, à l’émergence d’une nouvelle méthode d’investigation, d’un système de pensée qui commence à faire liaison des lectures entre les sphères du corps et celles de l’âme, conjuguant ses talents et la boîte à outils déjà bien assise alors de la Psychanalyse. 

Mises bout à bout, nous y découvrons ce qui au regard des vingt précédentes constitue probablement un 1er cas clinique et l’émergence de sa vocation à venir de « Psychanalyste sauvage ».

Il opère sous nos yeux comme une leçon magistrale d’un décloisonnement des savoirs, hélas pour le patient, dans l’après-coup -par-là que ce n’est pas une vignette, mais bien plutôt une enquête du type de celle menée par un médecin légiste qui dissèque un macchabée. GG. relève tous les indices de la scène du crime, il progresse comme un somaticien pratique une observation clinique. On est plongé dans une enquête policière.

Les savoirs qui entrent en scène sont le Somatique, le Psychosomatique, augmentés de l’appareillage freudien de la Métapsychologie et de sa cheville ouvrière, l’Inconscient. Ensemble ils trament et font le récit d’une enquête criminelle qui comme toute enquête commence par la fin, la mort – « Le patient est décédé des suites de complications », reprend le déroulé chronologique des manifestations pour en extraire des indices, et au gré de ses trouvailles produit des interprétations quant aux motivations et l’articulation de leur mise en acte – Un Genou/Je-Nous comme pierre de touche, le tout bien évidemment à-l’insu-du-plein-gré de leur client.

Ainsi, si son souci principal semble concentré sur le rétablissement de la narration des faits et gestes de son patient, de ses incidents et accidents, de reconstituer son anamnèse, il fait peu de cas de l’usage de leur matériel, des fils qu’il peut tirer, pour alors laisser libre cours à la pratique des associations et au déchiffrage des signifiants, à savoir mettre à profit de manière construite une direction de cure qui se repèrerait également par effet d’induction comme psychothérapeutique.

Ce qui est ici proposé est un premier produit d’un travail au long-cours engagé depuis plusieurs années entre Paris et Tel-Aviv, Beatrice Agut Médecin exerçant en PMI et moi-même Samuel C. Beraud-Letz Psychanalyste freudien-lacanien, à partir d’un matériau d’exception.

C’est l’histoire d’une rencontre ratée, entre un patient en bout de course, trop tard pour lui, et trop tôt pour celui qui est tout juste en train de naitre à lui-même comme fondateur de la Psychosomatique. Au cœur de l’affaire, mais aussi bien de leur affaire on pourrait s’amuser tout de même à pointer une affaire d’articulation, celle qui de toutes vaut pour métonymie d’un point de passage d’une conversion, objet de toutes les ambivalences et de l’en-Je(u) d’un désir toujours sous tension, la fameuse JeNou -flexion qui pour le patient signe sa carte d’identité somatique -un accident qui répète une histoire d’inceste et ne cesse pas de ne pas écrire sa culpabilité œdipienne, et pour notre chercheur-plongeur éclairé de la psychologie des profondeurs, le façonnage d’une vocation et de son futur outil de référence.

Il s’agit d’un premier cas qui qualifie tout autant donc de Faux-cas, que nous avons reconstitué en pratiquant le forage, le carottage et l’extraction de Data à partir de l’entrée dans la maladie qui suit un double deuil, d’un corps qui se détraque et de symptômes qui se déplacent sans qu’il ne soit jamais question d’état d’âme. 

Comme le dirait Coluche « C’est l’histoire d’un mec … normal » entendons sans histoire, ce que Pierre Marty le continuateur français de GG. va désigner par la Pensée Opératoire, où comme le résume le psychanalyste G.Pirlot « Le Préconscient, l’Inconscient refoulé sont peu opérants au point de mettre le corps en première ligne devant les secousses émotionnelles et affectives ».

  1. Déroulé de la maladie, depuis sa sortie jusqu’à son entrée

Ce patient qui illustre le cas clinique dont GG. nous entretient pendant ces 3 conférences, a lui-même raconté son histoire, -l’Anamnèse de ses troubles qui l’amènent à consulter :

# Ses parents étaient bien portants. Le père est mort d’Apoplexie et la mère d’une Crise cardiaque.

# Il a une sœur aînée toujours en vie, bien portante, un peu plus âgée -fratrie de 2.

Par la suite, en interrogeant son patient, GG découvrira que les deux enfants dormaient dans la même chambre, qu’a 11 ans la sœur avait « séduit » son frère de 7 ans et s’était adonnée avec lui à des « jeux avec les parties sexuelles ». GG ajoute que « Les enfants avaient été élevés dans l’ignorance, c’était un principe dans la maison des parents ».

# Il dit avoir eu une enfance heureuse, joyeuse, et qu’il n’avait pas eu les maladies infantiles habituelles.

# Il situe la 1ère maladie à 11 ans : il est resté absent de l’école pendant un trimestre, sans savoir pourquoi, hormis des maux de tête et un médecin souvent de visite à la maison.

# À 13 ans un 1er mal à la jambe apparait, au pied droit, des orteils mal disposés.

# À 17 ans, en voulant attraper une fille qui l’aimait bien, et qu’il obtiendra, il subit une blessure au genou ; longtemps alité et traité. C’est la 1ère blessure au Genou de la série.

Nous apprendrons par la suite que dans le groupe d’enfants qui jouaient avec lui, il y avait un garçon prénommé Gustave -voir plus bas. 

# Tout juste avant son mariage, il marche avec celle qui va devenir son épouse, il traverse une pelouse, quand sa sœur ainée sort par la porte d’une maison, un trouble survient, 2ème trébuchement, il se blesse le genou ; il est alité quelques semaines. C’est la 2ème blessure au Genou de la série.

# Nouvelle scène de ville, un garçon descend un escalier, ouvre la porte et entre : c’est son beau-frère, celui qui a obtenu la sœur, il porte le prénom de Gustave -le même prénom que celui du copain qui participait du groupe d’enfants terrain de jeu des 1ers émois de convoitise des gars et des filles, et surtout, prénom du père (.) C’est la 3ème blessure au Genou de la série.

# Officier dans l’armée après l’Abitur, se marie à 26 ans.

# Au bout de 18 mois de mariage, un enfant vient au monde, il naît, et meurt. La mort du nouveau-né est suivie de celle de la mère après l’accouchement.

# À partir de là, il « ne se sent plus heureux et sa santé souffre du deuil » : douleurs dans le côté droit du ventre avec forte fièvre -appendicectomie.

# Après 3 mois nouvelles douleurs à droite avec forte fièvre : calculs biliaires ; nouvelle intervention pour les extraire.

# Réapparition de la fièvre, il fait la connaissance de GG. Les douleurs ne disparaissent plus, il démarre un chemin d’errance médicale passant de sanatorium en sanatorium.

# Forte diarrhée depuis la seconde intervention -20 évacuations/jour, hémorragies intestinales ; maladie tuberculeuse intestinale ?

# Apparition de troubles urinaires, albuminurie, léger gonflement des pieds : catarrhe vésical douloureux.

# Le traitement s’engage avec GG., une nouvelle inflammation du genou survient, sans chute, sans incident aucun rapporté : le genou rempli d’eau, fort douloureux. C’est la 4ème blessure du Genou et ce sera la dernière occurrence.

# Aggravation des troubles intestinaux et vésicaux ; décès du patient.

  1. Pistes de travail avancées avec GG. et reprises au fil de son investigation

Le facteur sonne toujours deux fois.

2 coups de réel, coup-sur-coup, les plus grands drames pour un homme, la perte de ses petits autres, celui qu’il se choisit pour compagnon de vie, et l’enfant qui naît de leur association, de leur emboîtement. L’encaissement qu’il décaisse ne semble pas de prime abord psychique. 

Sa décompensation n’est pas à chercher du côté de l’âme, mais du corps, c’est sa chambre première qui accueille sa décompensation. 

Question de curiosité, ce qui fait la prise en charge par le corps, ou par l’esprit -untel déclenche un cancer dans un laps de temps relativement court à la suite du décès de l’un de ses parents, … 

Le Soma est au service de la décompensation psychique.

C’est son job, sa responsabilité même vis-à-vis de son patient, il doit lui passer les plats. Le corps est toujours un Passe-plat, donc bien disposé à l’égard de son hôte et servant à merveille sa fonction.

Le Médecin de l’âme, s’il prétend à vouloir aider, doit reconnaître le corps comme un allié, et surtout ne pas vouloir guérir, travailler énergiquement à le faire céder, lui faire rendre gorge – GG. le formulera plus tard avec « Le soin plutôt que la guérison -ou prendre soin plutôt que guérir », qui fait écho à Freud « La guérison vient de surcroît » le tout plus tard repris à son compte par Lacan « Si F. admet donc la guérison comme bénéfice de surcroît de la cure psychanalytique, il se garde de tout abus du désir de guérir… » puis il ajoute « Il est bien certain que notre justification comme notre devoir est d’améliorer la position du sujet. Mais je prétends que rien n’est plus vacillant, dans le champ où nous sommes, que le concept de guérison »,

… et en parallèle donc, engager un traitement Métapsychologique, établir les liens entre les maux du corps et les mots de l’esprit, entre les dictionnaires, celui du visible, du manifeste et celui de l’invisible, des signifiants.

Tant qu’il y a de la vie y a de l’espoir.

Tant qu’il y a du Symptôme et surtout, qu’il se déplace (!) c’est bon signe : pas de fixation ; pas de cristallisation du mal en maux-chose – ça travaille, ça fait la blague -l’hystérie, l’hypocondrie, ça occupe (!) c’est signe que la libido est en ballade, toujours errante, n’a pas retrouvé son lit, réintégré l’espace contenant de son chenal, que les digues ne sont pas remontées. Elle continue de chercher une issue, au moins pour négocier une trêve au mieux un traité de paix, au pire une déclaration de guerre. Pas de casemate, pas de fortin, les lignes bougent.

Quand ça fixe, ça change/monte/aggrave le sérieux du conflit intrapsychique du sujet, du niveau de mise en jeux du Je ; alors l’en-chair s’enflamme, augmente.

Le problème de la psycho. cognitiviste c’est de prendre les maux au mot -d’y croire, de leur prêter une réalité qui serait parlée par une Bocca della Verità -bouche de vérité, comme celle de refuser, de ne pas se laisser aller à croire aux productions imaginaires des enfants avec le (in-)glorious bastard mensonge, et en lieu et place de s’évertuer à vouloir arraisonner les uns, raisonner les autres, dérouler le programme de sa vocation de rééducation normative.

Une affaire de signifiant(s), de signifiant pour signifiant.

Il y a le miroir, et son partenaire (il-) légitime ie. le reflet du miroir, le signe et son signifié qui déploie et entrelace dénotation -le littéral, et connotation dans lequel on peut dénicher du Signifiant.

Sauf que, le reflet du miroir d’un sujet quel que soit son objet d’étude, proposerait systématiquement une mise en abyme, c’est l’effet Droste ou Vache-qui-rit selon les repères de chacun, ou un Signifiant pour un Signifiant.

D’où la mise en garde de ne pas tomber niaisement dans le panneau du reflet du miroir, et l’invit. à porter le regard par-delà, ie. traverser le miroir.

Un Signifiant pour un autre ou encore un Signifiant en cache un autre, comme l’arbre qui cache la forêt, ou un train derrière un train … 

Répétition et Représentation.

Pour quelqu’un introduit comme sans histoire, sans grande affaire de bobos, GG. montre son patient comme un cumulard qui au gré des époques de sa vie interprète le paradoxe d’instantanés présentés dans la banalité nue de leur relative insignifiance, et le recèle de trésors d’un-signifiance -l’insignifiant recèle un Signifiant.

Attention donc (Bis) à ne pas tomber dans le panneau de la seule répétition qui prise à la lettre opère comme un cache-misère d’ailleurs -de ses ailleurs.

L’incident qui comme un rêve à répétition -tels ceux de Pharaon offerts pour déchiffrage à la clairvoyance de Joseph, excelle au travestissement par la succession des costumes et de la mise en scène, ne fait que battre la mesure du destin qu’avec un seul et même bâton de direction, un organe -le Genou, et un prénom -Gustave, comme deux figures de style métonymique, point G de la rencontre avec Groddeck.

Une écriture archéologique.

Le corps du délit est inscrit dans le corps visible à qui souhaiterait l’observer, y porter l’attention méritée et surtout s’autoriserait le risque d’en faire une lecture.

Un pas grand-chose mais une accroche somatique pour que ça serve de concrétion à l’articulation d’une construction psychique -faire corps.

Pas une affaire de poule et d’œuf, conserver le souci de remettre l’église au milieu du village.

Ce n’est pas le défaut organique d’orteils se chevauchant qui produit une pente tendancieuse vers l’Inceste (.) mais quelque chose probablement d’une construction incestuelle qui prend corps, qui trouve à s’incarner, un défaut donc dans la chaine signifiante, un ratage dans la symbolisation qui génération après génération enkyste.

Une salade mêlée de complexes multiples.

De l’inceste, un Œdipe au père, un Œdipe à la mère, et un complexe fraternel : le père comme rival fraternel qui a la sœur, et le beau-frère comme celui qui a la mère = le prénom en partage de l’un et de l’autre dit avant tout un aplanissement de la verticalité générationnelle = origine de la ré- activation du complexe et de son inflammation = illustration de ce qu’est une re- présentation vs. une simple répétition = derrière la Répétition il y a une Re- présentation. 

A partir d’un prénom au pot commun s’opère un chassé-croisé aléatoire des hommes et des femmes, des liens et des places de la famille.

La Répétition c’est comme le dit le comique français Michel Boujenah : l’histoire qui bégaye. La Répétition, si par excès de gourmandise ça peut s’amuser à essayer fidèlement répéter son texte, surtout ça bégaye. Son genou qui bégaye / bug-aye.

Une histoire d’abus sexuel, d’inceste comme on veut l’appeler, y a eu Passage à l’acte, et aussi de Refoulé.

Et de Retour du refoulé, de débordement par le réel qui comme Le facteur sonne toujours x fois = ça s’emballe = une défaillance du langage – une faille dans la symbolisation = quand l’appareil psychique est surpris, dépassé par la trop grande soudaineté, la vitesse de l’irruption = ça déraille et ça défaille et donc accident = quand ça va plus vite que la musique = la représentation de ce qui défaille et de ce qui surgit représente un trou de langage dans lequel se produit la bien-tombée Répétition. 

La démultiplication des affects comme passion, comme jouissance.

Le détachement de la libido de son objet libère son énergie dans la nature sans plus aucune contrainte jusqu’à épuisement du réservoir, voir, jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Sans aucune autre force qui vienne s’opposer et permettre l’équilibrage d’une compensation.

« La satisfaction d’une pulsion est toujours emplie de plaisir » dixit Freud. La douleur et le déplaisir produits, rencontrés et recherchés, indiqueraient que la pulsion trouve à se satisfaire, ce qui pointerait alors une certaine expérience du plaisir. 

Tous les mécanismes de défense névrotiques sont mobilisés.

En bon ordre dans la biblio. du bonhomme on trouvera,

  • L’isolation,

Isolation de l’affect et de sa représentation. Le malade y patauge, y batifole, s’y adonne avec le plus grand masochisme des plaisirs qu’au travers de symptôme il peut gaiement s’auto-administrer pour ainsi satisfaire mais toujours en deçà, surtout fonction du degré d’une passion qui peut se montrer, s’exhiber aussi monomaniaque que multidirectionnelle et polygame, renouvelant le stock des débordements de ses investissements libidinaux. Il s’y adonne à cœur joie.

  • Le déplacement,

Ça déplace à-tue-tête et à tire-larigot. La somatisation permet de régler le conflit par la voie d’un compromis, d’une entente somme toute toujours empreinte de cordialité, de compréhension, des attentions les plus nobles masquées par une intentionnalité qui par son agressivité pourrait faire accroire à son contraire. L’esprit de contrariété s’y réjouit comme la mutinerie infantile du titillement. Ça vient agacer la suspension d’une destinée qui n’a pas encore arrêté le choix de ses options. A une extrémité de l’échelle l’aggravation des hostilités, leur inflammation, à l’autre leur résolution et avec elle leur refoulement.

  • Le retournement sur soi,

Bien avancé par les termes qui le précèdent, les coups du sort imparables non symbolisables ouvrent des brèches dans le langage, le sujet démuni est défait sans possibilité aucune d’adresser sa plainte à un tiers-état. A défaut d’une surface de projection tierce contre laquelle il pourrait diriger et projeter le souffle de sa haine, il fait le choix alors de convertir ses pulsions inassouvissables contre l’injustice inhumaine de la vie en les retournant contre lui-même, en les introjectant. 

  • Le renversement,

Il va alors procéder sur le principe de freinage des moteurs d’avion et activer un inverseur de poussée qui va renverser la pulsion en son contraire. Savamment avec toute la roublardise de l’ICS et sa créativité sans borne, il va se mettre à jouer contre son camp. Il marque des points, empoche des manches, il peut aller jusqu’à gagner le match et emporter la coupe d’un jeu funeste qui pourrait endosser le nom de sa promesse programmatique a-qui-perd-gagne -à titre posthume.

Tous ces mécanismes sont mobilisés à grand renfort d’énergie pour servir et de paravent -ie. pour retrancher le sujet derrière une ligne de défense qui savamment orchestrée permet d’opérer une dissimulation, autant que de paratonnerre, -ie. détourner toute la puissance des forces de Thanatos désaliénée des forces de l’Éros, l’Hybris de la pulsion détachée de tout objet, déflagration vers un seul point de focalisation, de concentration du feu, le corps propre du sujet, lui-même … 

Le mobile du crime, la culpabilité

Celle de l’accomplissement symbolique pour parler comme le Groddeck qui est en train de s’accoucher comme Psychosomaticien -de l’Inceste avec sa femme à la place de sa sœur avec laquelle il a fait un enfant. 

Là où il sombre sans rémission aucune. Il a trouvé son affaire pour se faire payer son crime, expurger son délit. Il ne la lâchera pas.

Impossibilité de sortir de la mélancolisation du deuil et de s’en sortir, de passer à une autre vie, une autre femme, de se donner une nouvelle chance de s’ouvrir aux hasards de l’Éros,

Pas de Conjuration du mauvais sort, de crucifixion du destin … 

On a là une illustration de ce qui se produit de glissement de terrain quand un sujet ne dénoue pas les fils de l’ICS, ne désamorce pas la charge funeste de son narratif. Il s’y enferme et ne peut pas s’en sortir, et certainement pas tout seul,

Quand un sujet fait l’impasse sur un appel à l’aide à la thérapie, enclenche une Passion suicidaire,

On pourrait le dire de tout sujet qui une fois qu’il a éprouvé, qu’il a rencontré et reconnu la division induite par l’Inconscient ne va pas à sa rencontre pour essayer comprendre ce qu’il lui « réserve de destin » dixit Lacan dans son texte Télévision.

Qui reste donc, par choix, le jouet de ses trames névrotiques, qui accepte d’être vécu, plutôt que d’essayer de vivre, l’envers d’un Winnicott et de sa parole testamentaire «  May I be alive when I die / Que je sois un peu vivant avant de mourir »,

Suicidaire de se voir objet d’une trame et de ne rien en faire.

La langue de l’Entredeux-Mères, de l’Entredeux-Taires

La langue de GG. et de son patient est l’allemand. Celle traduite par son passeur RL. dans le français de notre matériel de travail est l’allemand. C’est du français que je fais usage pour recycler ce tour de la langue du JeNous pour relever à partir d’une blessure d’organe qui répète celle du GeNou, l’énonciation de ce qu’il me semble pouvoir pointer comme dessinant dans son creux ce qui a initialement raté dans la construction psychique du sujet, qui n’aurait pas été suffisamment bien emboité et aurait encrypté une fragilité en devenir produisant en temps et en heure un premier déboitement suivi d’un ré-emboitement précaire qui dès lors va dessiner un trajet de la douleur sujet à relance et d’une possible reprise.

La langue du conte qui compterait serait celle qui traverse toutes les langues, celle de la trame du tissage des registres de la grammaire intérieure constituée des trois fils du Réel, de l’Imaginaire, et du Symbolique. Ainsi il en irait de la Vedette du drame, le genou, articulation qui par la mise en mouvement qui le caractérise permet de passer d’une position à une autre, de changer de place, de modifier ses coordonnées pour soi-même et donc en v-à-v d’un autre, c’est un organe essentiel au déroulement du mouvement, du déplacement, et de conversion. 

Notre malade le sollicite à des temps où anecdotiquement le hasard lui renvoie quelque chose de son histoire et dans l’Inconscient de ses soubassements à une époque archaïque de sa construction psychique. 

Celle dont nous faisons l’hypothèse, le pari, est le ratage d’un Œdipe où il n’a pas réussi à emboiter le pas de la conversion de l’amour de la femme du père -première femme pour un fils, relayée fortuitement par la sœur qui prend pour mari un homme au même prénom que le père, emboitement défaillant qui ne va pas cesser de répéter à des temps opportuns de sa vie d’homme, pour l’amour d’une femme autre. Le changement d’objet est marqué par des ratés, un in-franchissable, in-emboîtable. 

Lacan a forgé un néologisme auquel je donnerai sa place pour suspendre le travail avancé jusque-là, à partir d’un Dit qui tient sa forme des signifiants qui l’encodent dans le lieu de l’Autre, la demeure où se forge et se dit la vérité du sujet, son Inconscient -sa Dit-mension

Celle de notre malade inspire le titre de notre proposition : 

Un acte manqué réussi, ou un Œdipe mal-emboité.

A suivre … 

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